Les trois jours du chat

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Auteur : Raymond Penblanc

Dans la cuisine, le Père vient de mourir. Juste au-dessus, cloîtré dans le grenier, le Fils veille. Terrifié, il se refuse à intervenir. À partir du lendemain, les visites au défunt se succèdent, sans que le Fils consente à se montrer. Mais sous son crâne, les pensées se bousculent.

« Pap buvait son Ricoré quand ça lui a pris. Le verre a roulé sous la table, sans se briser, une petite flaque s’est formée par terre, j’ai failli marcher dedans. Surtout ne toucher à rien. La chaise renversée ne sera pas relevée. Mademoiselle Félicie doit venir demain, pour le ménage et la toilette de Pap, et demain elle trouvera Pap refroidi, raide. Quant à moi, me voilà pour de bon orphelin, orphelin complet. Avant, quand je prononçais ce mot, je flottais dedans comme dans un habit trop grand, à présent je le trouve trop étroit. J’ai envie de pleurer comme un enfant et de rire comme un vieillard. La boîte de sucre est restée sur la table, je remplis ma poche d’une dizaine de morceaux, j’en croque un pour me soulager, pour éprouver un semblant de douceur, mais il me râpe le gosier. Je serre les dents, je m’empêche de tousser. Et alors ? Est-ce que de tousser, d’éternuer, de cracher par terre ou de péter réveille les morts, les ramène à la vie ? Est-ce que ça les dérange ? Est-ce que ça les tue davantage ? Pauvre Pap, dans ma hâte j’ai failli heurter sa tête. Elle est pourtant bien accrochée à ses épaules. »

 

Date d’édition :  15 mars 2019

 

Format : 14×21 cm
80  pages
ISBN : 979-10-91365-66-6

PRIX : 11 EUROS

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On en parle et bien !

« Les gens vivent. Survivent. Végètent. Font semblant. Respirent. Ronflent en dormant. Balbutient. Grommellent. Boivent une tasse de Ricoré. Grignotent un morceau de fromage. Vident un verre de vin puis partent ou s’effacent, disparaissent. La mère, d’abord, Mam, que suit sans trop attendre Pap, trop fatigué, trop bougon pour ne pas à son tour passer l’arme à gauche au rez-de-chaussée d’une maison où le fils cultive sa solitude ronchonne au grenier. Le vieux meurt donc. À bout de souffle. On le lave. L’habille décemment. Le farde, le rafistole un peu avant de l’évacuer dans une boîte pas trop prétentieuse. Cérémonie sans manifestations intempestives, sans grandes orgues ni sanglots malgré la pleureuse de service, femme chargée du ménage qui balaie dans la cuisine les restes d’une humanité désormais superflue. Trois jours. Trois nuits et tout sera bouclé. Le lecteur ne sait pas au juste ce qu’il doit en penser mais, imperceptiblement d’abord, une sorte d’émotion le gagne, âcre, frottée de tendresse et qui bientôt le laisse au bord des larmes, si bien que ce lecteur ne lâche plus le livre, comprenant soudain qu’entre ces murs, sur les marches de l’escalier intérieur et la poussière qui recouvre les meubles, quelque chose comme du chagrin, ou de l’amour, macule de taches vaguement huileuses le papier peint dont des lambeaux entiers pendent des visages fanés, des sourires convenus, des cœurs et des mains rougies par la fraîcheur du soir. Pages rares. D’une tonalité singulière, sombre, teintée d’humour, mélancolique, Les Trois jours du chat, écrits dans une langue dont la haute tenue mêle tristesse et pudeur, conduisent mine de rien quiconque s’y aventure au sein des destinées les plus banales, qui s’éteignent, s’éloignent ou s’indifférencient dans la mémoire après avoir porté le « poids écrasant des morts qui [les] ont précédées ». Au terme de l’ouvrage, le narrateur ne « fait pas de manière ». C’est vêtu du manteau de pluie paternel qu’il éprouve le besoin de marcher au hasard des rues. Il faudrait être le dernier des misérables pour, discrètement bien sûr, ne pas vouloir l’accompagner. »Lionel Bourg

 

Les trois jours du chat

 

La lecture de Nikola Delescluses :